Airbus Espagne, Entre dos aguas

Rédigé le 02/09/2026


Depuis plusieurs semaines, différents établissements d’Airbus en Espagne sont touchés par un mouvement de grève reconductible.

FO exprime tout son soutien aux salariés et aux organisations syndicales espagnoles dans la défense de leur pouvoir d’achat, de leurs conditions de travail et de leur avenir professionnel.

Ce mouvement, qui s’enlise et multiplie les rebondissements comme les maladresses dans sa gestion, traduit un ras-le-bol que l’on comprend dès lors que l’on observe l’évolution des droits sociaux chez Airbus en Espagne. Sans l’ombre d’un doute, les mêmes orientations auraient provoqué les mêmes réactions en France.

QUE FAIT LA DIRECTION EN ESPAGNE ?

Comme nos camarades espagnols, à FO, nous n’aurions jamais accepté que les politiques salariales conduisent à une perte durable de pouvoir d’achat. En France, les négociations salariales menées au cours des dernières années ont permis de protéger les salariés face à l’inflation. Ces résultats ont été obtenus par le rapport de force, la négociation et la signature d’accords.

En Espagne, les politiques salariales n’ont pas assuré cette même protection, laissant progressivement s’installer une perte de pouvoir d’achat et un profond sentiment d’injustice. Nous n’aurions pas davantage accepté une augmentation de plus de 40 % du prix des repas, ni la mise en place du système Bradford appliqué aux arrêts maladie. Ce dispositif, qui pénalise particulièrement la répétition des absences de courte durée, réduit des situations médicales parfois complexes à un simple indicateur mathématique.

Bien d’autres décisions prises ces dernières années permettent de comprendre la réaction des salariés espagnols et de leurs organisations syndicales. Elles expliquent pourquoi le conflit a atteint un tel niveau de tension. Au cours de ce conflit, la menace sur l’emploi et sur la répartition future des activités a également été utilisée de manière à peine dissimulée.

Dans un contexte déjà tendu, il était difficile d’imaginer meilleure manière de jeter de l’huile sur le feu. Cette menace devrait d’ailleurs resserrer encore davantage les liens déjà très forts entre les organisations syndicales européennes. Le niveau des droits sociaux ne peut pas devenir le critère d’affectation des charges de travail entre les pays. Accepter cette logique reviendrait à organiser le dumping social au sein même d’Airbus.

Il appartient désormais à la Direction de faire des choix et de communiquer clairement sur ses intentions.

QUAND LE CONFLIT DEVIENT UN INSTRUMENT

Ce conflit est aujourd’hui largement idéalisé par certains et relayé par des commentateurs extérieurs qui joue des approximations pour servir d’autres agendas. Son instrumentalisation ne relève pas toujours de la solidarité, elle traduit aussi une volonté de s’approprier ce conflit et d’en imposer une lecture unique.

Mais derrière les postures et les slogans, cette situation fait des dégâts parmi les salariés et les représentants syndicaux en Espagne. Elle voit émerger, une fois encore, une violence totalement inacceptable.

Les salariés espagnols et leurs organisations syndicales ont fait des choix différents. Ces divergences sont légitimes. Elles appartiennent au débat syndical, à la liberté de chaque organisation, à l’exercice normal d’un mandat et au libre exercice du droit de grève de chacun.

Signer un accord comme décider de poursuivre la mobilisation sont deux choix syndicaux qui peuvent se discuter, se combattre ou se contester. 

Aucun ne peut justifier l’agressivité, l’intimidation ou les menaces personnelles ou physiques. Lorsque l’affrontement quitte le terrain des idées pour viser des personnes, ce n’est pas le rapport de force qui progresse, c’est toute la démocratie sociale qui recule. Nous connaissons malheureusement aussi ce phénomène en France et au sein d’Airbus.

Et que penser de ceux qui s’emparent de ce conflit pour réclamer l’arrêt des investissements d’Airbus dans sa branche Défense ? 

Une telle position ne menace pas seulement une activité industrielle. Elle revient à revendiquer la destruction potentielle de plusieurs milliers d’emplois, partout dans Airbus et tout particulièrement en Espagne. 

Le dogmatisme commence lorsque toute divergence est condamnée et lorsque l’idéologie prime sur l’avenir des salariés.

La paix sociale a longtemps prévalu en Espagne comme dans les autres pays européens d’Airbus.

Elle reposait sur des méthodes, des décisions et une capacité à toujours rechercher des compromis pour ne rien compromettre. 

Il serait peut-être temps, pour chacun, de s’en souvenir.


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